Mes partoches
Je ne sais pas lire une partition. Alors j’en ai inventé une méthode personnelle.
Il faut être honnête : je n’ai jamais appris le solfège.
Je ne sais donc pas lire une belle partition avec ses portées, ses clés de sol, ses croches, ses doubles croches et toutes ces petites choses qui semblent parfaitement évidentes aux vrais musiciens.
Et je n’ai jamais appris non plus à écrire correctement une tablature.
Mais voilà le problème :
il faut bien que je sache quoi jouer quand je monte sur scène !
Alors j’ai fait ce que ferait n’importe quel bassiste raisonnablement organisé…
J’ai inventé mon propre système.
Une chanson = une page
Mon principe est simple : une chanson doit tenir sur une seule feuille.
Je ne dois pas avoir à devoir tourner des pages pendant que je joue.
Sur cette feuille, je mets tout ce dont j’ai besoin pour jouer le morceau.
En haut :
- le titre ;
- le nom de l’artiste, en fonction de la version que nous jouons ;
- mes réglages du Boss GT-1B ;
- et mes indications de jeu : aux doigts ou au médiator, plutôt près du manche ou près du chevalet, etc.
Ensuite vient la chanson proprement dite.
Et là, les couleurs entrent en scène.
Les couleurs, c’est visuel.
J’utilise principalement un code couleur.
Le noir : les couplets.
Le brun : les refrains.
Le rouge : les moments où je ne joue pas.
Cette dernière couleur est particulièrement importante.
Parce qu’un bassiste doit aussi savoir quand il ne joue pas.
Le silence fait partie de la musique.
Et accessoirement, cela évite de chercher désespérément une note à jouer pendant que tout le monde attend que le bassiste se taise.
Et je peux encore rajouter des couleurs
Lorsque le morceau devient un peu plus compliqué, j’ajoute d’autres couleurs pour différencier :
- une introduction ;
- un pont ;
- un riff ;
- un break ;
- un solo ;
- une outro ;
- ou tout autre passage que j’ai besoin de repérer rapidement.
L’objectif n’est pas de faire une œuvre d’art.
L’objectif est plutôt :
je regarde ma feuille pendant une demi-seconde et je sais où j’en suis.
Parce qu’en plein concert, je n’ai pas spécialement le temps de réfléchir où on en est de la chanson. Il faut que ce soit rapidement visualisable.
Pour cette chanson de variété populaire, j’avais adapté les paroles originales qui faisaient référence à la Corrèze afin de les situer dans mon Alsace natale.
Le groupe Jack—–e, pour lequel j’avais réalisé ce travail d’adaptation, interprète encore aujourd’hui cette chanson lors de ses concerts.
Mes accords sont eux aussi légèrement bricolés
Au-dessus de chaque ligne de texte, j’indique les accords en bleu.
Mais je ne me contente pas d’écrire simplement :
G
pour Sol.
Pourquoi ?
Parce que je veux également savoir quel Sol sur le manche.
Alors j’ai ajouté ma petite cuisine personnelle.
Par exemple :
G3
se traduit pour moi :
Sol sur la corde de Mi, case 3.
Et :
G5
signifie :
Sol sur la corde de Ré, case 5.
Même note, autre position.
Cela peut sembler évident pour certains bassistes.
Pour moi, c’est surtout beaucoup plus pratique à lire.
Je n’ai donc pas besoin de réfléchir :
« Bon… ce Sol… je le joue où déjà ? »
Ma feuille me répond :
G3.
Merci la feuille.
Les tablatures ? Oui… mais par petits bouts !
Il m’arrive aussi d’avoir besoin d’écrire un riff ou un passage particulier.
Dans ce cas, je mets un petit morceau de tablature.
Je ne vais pas transformer ma feuille en roman de 14 pages avec toutes les notes de la chanson.
Quelques cases suffisent généralement pour me rappeler le passage.
Et surtout, je garde la même couleur que le texte auquel le riff correspond.
Ainsi, si mon riff concerne une partie refrain en brun, ma petite tablature sera elle aussi en brun.
Mon système reste cohérent. Enfin… Je crois…
Mes réglages
Comme je n’ai pas envie de tourner les boutons de mon pédalier au hasard avant chaque morceau, je note également mon réglage.
Par exemple :
Mon pédalier GT-1B : U02 – Heavy & Dirty
Et si nécessaire, j’ajoute mes autres indications de jeu.
Doigts ou médiator
Manche ou chevalet
Tout est sur la même feuille.
Je n’ai donc plus qu’à prendre ma basse, regarder ma fiche et essayer de donner l’impression que je sais exactement ce que je fais… Enfin… je crois
Les fioritures
S’il reste un peu de place sur la feuille, j’ajoute parfois une photo de l’artiste.
Parce qu’il faut quand même reconnaître que c’est plus joli qu’un grand espace blanc.
Et puis cela permet de repérer plus facilement la partoche.
En bas de page, je n’oublie pas de mettre la date pour savoir si j’ai bien la dernière version.
Ce système n’est évidemment pas une méthode officielle d’écriture musicale.
Un professeur de musique pourrait probablement regarder certaines de mes notations avec un mélange de perplexité et de désespoir.
Mais ce n’est pas grave.
Je n’ai pas créé ces fiches pour passer un examen de solfège.
Je les ai créées pour faciliter mon jeu de basse.
Elles doivent donc être compréhensibles par celui qui les a écrites : moi.
Et je ne suis surtout pas là pour vous proposer d’utiliser ma méthode.
Si vous savez lire une partition traditionnelle ou une tablature, tant mieux !
Mais si, comme moi, vous n’avez jamais appris à lire la musique, cela ne veut pas dire que vous êtes condamné à jouer de mémoire.
On peut très bien s’inventer ses propres repères, ses propres codes, ses propres astuces et sa propre façon de mettre les choses sur papier.
L’important, ce n’est pas que votre système soit compris par un professeur de solfège.
L’important, c’est qu’il soit compris par vous.
Alors ne cherchez pas forcément à reproduire ma méthode.
Inventez la vôtre.
Trouvez les couleurs, les symboles, les indications et les petits trucs qui vous permettront de retrouver facilement ce que vous devez jouer.
Et surtout… jouez avec plaisir !





